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J'écris

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Il y a un an, le 22 mars exactement, après l’attentat contre l’aéroport de Bruxelles.

Il y a un homme allongé avec les deux  jambes raides en sang. Il tient son poignet brisé. Une autre photo montre une femme dont la veste a été arrachée, elle est en soutien-gorge noir, les plis de son ventre tombent sur sa ceinture, son visage est noirci et elle a une seule chaussure. Le premier est concentré, calme, sur son poignet. La seconde a un regard hagard. Malgré ces photos, nos petites vies continuent et c’est le plus important, que nos petites vies continuent. La somme de nos petites vies compose le pays dans lequel nous vivons. Certaines petites vies sont littéralement déshabillées par le souffle des explosions, comme pour cette femme, alors elles ont besoin de premiers soins, nos petites vies.

Tout ce que nous ferons ce matin, au lendemain de l’attentat, est primordial, aussi anodin que cela puisse paraître : boire une café, embrasser sa fille, beurrer une tartine, écouter la radio donner la météo, lire le post de Joan Sfar qui parle d’Heidegger, écrire des histoires d’amour, regarder le visage de sa femme dans l’ombre de l’aube, emmener son fils à l’école, lui apprendre à conduire dans un parking, offrir un livre à sa fille, féliciter la petite d’avoir fait dans le pot, travailler à une table de café, prendre rendez-vous chez le coiffeur, voir le soleil se lever sur les montagnes, lire les dernières nouvelles de la campagne américaine, les travaux dans la maison, refaire la carte grise, écouter de la pop commerciale, faire du porridge, appeler un copain à Bruxelles, penser aux vacances, regarder encore ces photos de la dévastation et les larmes européennes, écouter l’horoscope à la radio locale, faire le plein d’essence, penser à acheter le Canard Enchainé et continuer à écrire, se forcer à écrire, car c’est la somme de nos petites actions qui construisent nos petites vies et la somme de nos petites vies qui font le monde.

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