Le crépuscule de Borges

Le crépuscule de Borges


Je m’émerveille chaque fois que j’ouvre un livre de Jorge Luis Borges (comme j’ai les volumes de La Pléiade – oui, l’édition originale – , il s’agit en fait toujours des deux mêmes livres). Car à relire ses textes – poésies, nouvelles ou essais – il en surgit toujours quelque perspective ou émotion nouvelle. Les mots, chemins pourtant bien patinés, révèlent toujours une ligne de fuite, une beauté de saison inattendue. Cela ne m’étonne pas que les textes du facétieux Borges donnent l’impression subtile et dérangeante d’être différents à chaque lecture.

L’un de mes livres préférés est Atlas, qui est aussi l’un de ses derniers. C’est un carnet accompagné de photos de l’écrivain vieillissant, muni de sa canne à un bras et de Maria Kodama à l’autre. Borges parle souvent de Venise, ville littéraire par excellence, et les inondations historiques des derniers jours m’ont donné envie de le relire :

« Crépuscule et Venise sont pour moi deux mots presque synonymes mais notre crépuscule a perdu sa lumière et craint la nuit alors que celui de Venise est un crépuscule délicat et éternel, sans avant et sans après. »

Jorge Luis Borges @GuillaumeDesmurs

A cette phrase, j’ai pensé à un soir d’orage, au mois d’août. Je me tenais là où le Grand Canal s’ouvre en direction du Lido. La pluie venait de tomber et le vent se calmait, chien assagit, grognant. La perturbation glissait vers le sud, laissant revenir le soleil, un vieux soleil, bien ridé et rempli d’histoires, au crépuscule de sa vie. Une canne à une main et une femme à l’autre bras.

Venise @GuillaumeDesmurs

 

 

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