City on fire en direct liv(r)e

City on fire en direct liv(r)e


C’est décidé, je me lance : je vais tenter la traversée en solitaire du livre City on fire de Garth Risk Hallberg, le livre-évènement (selon la formule consacrée) et vous en raconter, au fur et à mesure et en temps réel, les péripéties. Un livre en live (ou presque) !

City on fire

De quoi disposais-je pour construire mon radeau ? De quelques informations glanées malgré moi car, autant l’avouer tout de suite, j’ai acheté le livre sans rien savoir de l’à-valoir de 2 millions de dollars, succombant, pour une fois, à l’attrait de la nouveauté disposée sur les tables du libraire. Je dois aussi confesser que c’est l’aspect postmoderne du livre qui m’a attiré, son épaisseur démesurée, ses longues phrases baroques. Bref : son apparence de patisserie italienne débordant de l’assiette et qui colle à la cuillère.

Je collecte donc quelques informations sur l’auteur au prénom intercalaire de jeu de société (Risk), pondère l’opération de communication de Knopf, son éditeur ayant déboursé 2 millions de dollars avant même la fin de l’écriture. J’écoute ensuite avec stupeur les avis quasiment unanimes de dégoût des critiques du Masque et la Plume épuisés par cet ouvrage qu’ils avouent n’avoir pas terminé : « L’ensemble est totalement immangeable… », « on parle de ce livre comme si c’était la dernière tour la plus haute de Manhattan », « c’est très banal dans sa construction littéraire », Arnaud Vivian commente plus le titre que l’intérieur, son confrère Eyzines cite Anatole France parlant de Zola : « j’admire qu’il soit si lourd en étant si plat », et il poursuit d’un rageur et spirituel « son éditeur lui a signé un chèque à 6 zéros et moi je lui colle aussi zéro en écriture, zéro en intrigue, zéro en atmosphère, zéro en personnage, zéro en suspense ».

Je me rétracte devant ce naufrage critique et ma détermination flanche. Voilà un voyage littéraire qui ne s’annonce pas sous les meilleures augures. Un fragment de vérité ou de talent doit bien être à l’origine d’une telle adversité, non ? Je me ressaisis. J’entreprendrais cette tâche avec vigueur, objectivité et un esprit ouvert !

Le livre est là, avec ses presque neuf cents pages, traduites par Elisabeth Peellaert à qui je pense aussi car la courageuse n’a pas flotté sur une coque de noix comme le lecteur qui ne se mouille pas les mollets : elle a nagé dans les flots, passant d’une rive à l’autre à la force des bras. Si elle l’a fait, je devrais y arriver.

City on fire

Je hume le volume, tente d’en capter les embruns, renifle son encre, manipule ses fines pages couvertes d’une typographie qui me plaît. La couverture beaucoup moins avec ses ridicules feux d’artifice monochrome. La devise de l’éditeur, écrite en minuscule dans son logo, résume l’esprit de mon entreprise : labor omnia vincit improbus

Le temps est calme. Prometteur. Les pages défilent en accéléré et avec souplesse sous mon pouce. Il est temps d’ouvrir la première page, de pousser mon étrave dans le sens de la lecture, temps de sentir les premières phrases soulever mon esquif et m’emporter… « À NEW YORK, on peut tout se faire livrer. Du moins, je me fie à ce principe. C’est le milieu de l’été, le milieu de la vie. ».

City on fire

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